Appel à Communications : Colloque international consacré à l’autobiographie féminine
14-15 octobre  2016
Lieu : Université Paris Ouest Nanterre
Organisation : Groupe FAAAM   CREA   EA 370
 
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Quand les femmes s’écrivent dans le monde /  Writing Herself in the World
 
« Notre plus douce existence est relative et collective, et notre vrai moi n’est pas tout entier en nous » écrivait Jean-Jacques Rousseau (Rousseau juge de Jean-Jacques). Si l’autobiographie est bien en premier lieu l’acte réflexif du moi qui se souvient, celui-ci n’est jamais un sujet isolé, et le monde extérieur n’est pas que le décor de la réminiscence. « On ne se souvient jamais seul » affirme le sociologue Maurice Halbwachs. Monde intérieur et monde extérieur ne sont-ils pas des aspects de la même réalité ? Annie Ernaux, qui reprend la citation de Rousseau dans son Journal du dehors, se dit « porteuse de la vie des autres » et se présente comme « traversée par les autres comme une putain », car le rapport au monde n’est pas qu’une visée de la pensée mais un lien matériel et érotique. Paul John Eakin incite, dans son ouvrage How Our Lives Become Stories: Making Selves (1999), à une démystification du récit autoréférentiel envisagé comme  autodiégétique, où le sujet de l’énonciation renverrait simplement à celui de l’énoncé. Eakin  affirme  qu’en réalité la première personne est véritablement plurielle dans ses origines et son développement ultérieur. Il propose les termes « soi relationnel » et « vie relationnelle », en arguant que toute identité est relationnelle et que toute écriture de soi se fait au croisement de la biographie et de l’autobiographie, en plaçant le sujet narrant dans un contexte plus large : famille, communauté, groupe ethnique.  L’écriture de l’intériorité se conçoit également comme une inscription de l’altérité et de l’antériorité ; l’acte scriptural est non seulement un acte d’individualisation, mais également  une reconnaissance de la part des autres dans la constitution de soi. Il s’agit, selon Helen M. Buss (2002), de se réapproprier le monde.
L’autobiographie, traditionnellement associée à l’idéalisme subjectif, affirme avec plus ou moins d’emphase la condition d’être dans le monde, mais les mémoires, genre particulièrement prisé par les femmes dans le monde anglo-saxon, situe le sujet dans un environnement en incluant les autres. En effet, comme le rappelle Nancy Miller (1996), les mémoires sont un genre qui ne distingue pas précisément le privé du public, car insister sur la présence du monde extérieur représente souvent un enjeu socio-politique, culturel et/ou éthique. Il s’agit de se le réapproprier, d’investir l’espace public, de se rendre visible, donner son témoignage et porter une réflexion sur l’histoire et la société. De ce point de vue, le projet autobiographique peut se rapprocher de la sociologie et de l’histoire, qu’il complète sans s’y substituer. On pourra se demander quelle est la valeur historique de l’autobiographie. On interrogera les rapports entre autobiographie et mémoire culturelle, entre autobiographie et « contre-mémoire » (Zemon & Starn), entre autobiographie et photographie.
Outre les formes traditionnelles (écrites) du récit autobiographique, on s’intéressera également à d’autres formes de projets autobiographiques plus contemporains.
Plusieurs axes pourront être envisagés :
·         Le récit autobiographique comme témoignage / réinvestissement / intervention : comment les femmes participent-elles au témoignage sur leur époque ? Quelles stratégies narratives déploient-elles pour mêler /démêler/entremêler discours individuel et discours collectif, discours privé et discours publique ? De quelle façon les femmes s’emparent-elles des récits d’événements historiques ou de « conditions d’être » ? On pourra étudier par exemple des récits de guerre, ou le récit d’esclave.
·         Autobiographie et « post mémoire » (Hirsch) : intersection entre la mémoire  personnelle ressentie par un sujet et mémoire impersonnelle de l’histoire. Comment les femmes qui  ont grandi dans  l’ombre des récits qui ont précédé leur naissance  racontent-elles des traumatismes tels que guerres, exils, décolonisation, pauvreté : on pourra s’intéresser aux récits diasporiques, mémoires de vie d’ouvrières (Jeanette Winterson, Carolyn Steedman).
·         Les lieux de la mémoire : quel est le rapport de l’autobiographie des femmes à l’espace-temps ? Comment le lieu du souvenir est-il mis en scène ? Quel rôle joue-t-il dans la construction de l’identité narrative ? Parmi les thèmes et genres possibles on pourra envisager la condition d’être entre plusieurs mondes,  le moi et le monde postcolonial,  les récits d’exil et de migration, et des formes particulières telles que le jardin monde de Jamaica Kincaid de My Garden (Book) ou les mémoires culinaires évoquant l’histoire (Myriam’s Kitchen)
·         L’autobiographe sur la toile du monde : le journal en ligne nous rend-il davantage connecté au monde ou encore plus seul ?
·         L’autobiographie et l’image du (moi dans le) monde : la référentialité des images mise à l’épreuve de l’écriture (photographies insérées dans le texte autobiographique comme transmission / médiation visuelle du moi et du monde, des autobiographies photographiques personnelles et politiques de Jo Spence aux « graphic memoirs », etc.
 
Langues des communications : anglais (langue de préférence) ou français
Date de remise des abstracts (200-400 mots, avec courte bio) =  15 juin 2016  à envoyer à
Claire Bazin : cbaz1@wanadoo.fr
Corinne Bigot :  corinne.bigot@wanadoo.fr
Comité scientifique
Nicoleta Alexoae-Zagni, Istom, CREA Paris Ouest
Valérie Baisnée,  Université Paris Sud, CREA Paris Ouest
Valérie Baudier, CREA, Paris Ouest
Claire Bazin, CREA, Paris Ouest Nanterre
Corinne Bigot, CREA,  Paris Ouest Nanterre
Elisabeth Bouzonviller, Université de Saint Etienne
Stéphanie Genty, SLAM, Université d’Evry-Val d’Essonne
Nathalie Saudo-Welby, CORPUS Université de Picardie Jules Verne
 
 
Bibliographie indicative
Buss, Helen M. Repossessing the World: Reading Memoirs by Contemporary Women. Wilfrid Laurier University Press, 2002.
Eakin, John Paul. How Our Lives Become Stories: Making Selves. Cornell UP, 1999.
____    Touching the World: Reference in AutobiographyPrinceton UP, 1992.
Ernaux, Annie  Journal du dehors, Gallimard, 1993.
Halbwachs, MauriceLa Mémoire collectiveParis: Albin Michel, 1997.
Hirsch, Marianne and Smith, Valerie (eds). “Feminism and Cultural Memory: An Introduction.” Signs, Vol. 28, No. 1, Gender and Cultural Memory Special Issue (Autumn 2002): 1-19.
 Hirsch, Marianne, Family Frames: Photography Narrative and Postmemory, Harvard UP, 1997.
_____________ “Postmemories in Exile”, Poetics Today, Vol. 17, No. 4 (1996): 659-690.
 Miller, Nancy K. Bequest & Betrayal: Memoirs of a Parent’s DeathOxford UP, 1996.
Ricœur, Paul. La mémoire, l’histoire, l’oubli. Paris: Seuil, 2000.
Turkle, Sherry. Alone Together: Why We Expect More from Technology and Less from Each Other. New York: Basic Books, 2011.
Whitlock Gillian, Soft Weapons: Autobiography in Transit, The University of Washington Press, 2007.
Zanon-Davis, Natalie and Randoph Starn, “Introduction,” Representations 26, Special Issue: “Memory and Counter-Memory”, 1989, 1-6.
International conference on women’s autobiographies, 14-15 October 2016
Research group FAAAM, University of Paris Ouest Nanterre
 
 
Writing Herself in the World:  Women’s Autobiography and Relationship to the World
 
 
“Our sweetest existence is both relative and collective, and our true self does not reside solely within us,” Jean-Jacques Rousseau wrote in Rousseau, Judge of Jean-Jacques. If autobiography is indeed the reflective act of a remembering self, this self is never an isolated subject and the world is never only a mere stage set for reminiscing. Sociologist Maurice Halbwachs wrote, “we never remember alone.” Are not the interior and the exterior worlds simply two faces of the same reality? Annie Ernaux, who borrowed Rousseau’s phrase in her Journal du dehors/ Exteriors, introduces herself as “crossed by people and their existence like a whore,” since her relationship to the world is not only an objective of her mind, but a physical and erotic link too. In How Our Lives Become Stories: Making Selves (1999), Paul John Eakin encourages us to demystify the self-referential narrative seen as autodiegetic, where the first person subject would first and foremost refer to itself. Eakin states that the first person of autobiography is truly plural in its origins and subsequent formation. He proposes the terms “relational self” and “relational life,” arguing that all identity is relational and all self-writing is at the crossroads of biography and autobiography, which positions the narrating subject in a larger context—that of the family, the community and the ethnic group. A writing of inwardness may also be perceived as an inscription of otherness and of ‘formerness.’ To write is not only to become an individual, but also to recognize the presence of others in the making of the self.
Autobiography, which is traditionally associated with a certain subjective idealism, is not expected to fully engage with the world, while memoirs, a genre preferred by Anglo-Saxon women, position the writing subjects in a larger environment. As Nancy Miller insisted, memoirs do not draw a clear line between the public and the private since emphasizing the role of the outside world amounts to some socio-political, cultural or ethical risk. It means inhabiting and reappropriating the public space, becoming visible, sharing one’s experience and offering a reflection on history and society.  For Helen M. Buss, memoirs are not only representations of women’s personal lives but also of their desire to repossess important parts of our culture, in which women’s stories have not mattered. 
From this perspective, the autobiographical project is akin to sociology or history, which it completes without replacing. We may wonder what historical value to attribute to autobiography. What is the relation between autobiography and cultural memory? Between autobiography and counter-memory? Autobiography and photography? Beyond the traditional (written) forms of autobiographical narrative, we are interested in other, more contemporary, forms of autobiographical projects.
 
Several themes may be explored:
 
1) The autobiographical narrative as testimony/reappropriation/intervention: how do women participate as witnesses of their time? What narrative strategies do they use to combine/separate/mix individual and collective discourses, private and public discourses? How do women write narratives of historical events or of “conditions of being”? Specific genres such as war stories or  slave narratives could be studied.
 
2) Autobiography and ‘postmemory’ (Hirsch): when second or third generations recount the trauma (war, exile, decolonization, poverty) endured by previous generations in diasporic memoirs, or working class memoirs (Jeanette Winterson, Carolyn Steedman).
 
3) The places of memory: what is the relation of women’s autobiography to space-time? How is the place of memory represented (cf the garden world of Jamaica Kincaid in My Garden (Book))?  What role does it play in the construction of the narrative identity in narratives of exile and of migrationsuch as ethnic culinary memoirs (Myriam’s Kitchen)? How are the conditions of being part of several worlds and of the postcolonial self expressed?
 
4) Autobiography in the world’s web:  the Self in the virtual world. Do on-line journals increase our connectedness to the world or do they leave us more isolated?
 
5) Autobiography and the image of (the self in the) world: the referentiality of images tested against writing (photographs inserted into the autobiographical text as visual transmission / mediation between the self and the world, graphic memoirs, etc…); the  intersection between personal, political and photographic autobiographies (Jo Spence)
 
Papers will be given in English (preferred language) or French
 
200-400 word abstracts (and short bios) to be sent by June 15th 2016 to the co-organizers:
Claire Bazin  cbaz1@wanadoo.fr   and Corinne Bigot corinne.bigot@wanadoo.fr
 
Nicoleta Alexoae-Zagni, Istom, CREA Paris Ouest
Valérie Baisnée,  Université de Paris Sud, CREA Paris Ouest
Valérie Baudier, CREA, Paris Ouest
Claire Bazin, CREA, Paris Ouest Nanterre
Corinne Bigot, CREA,  Paris Ouest Nanterre
Elisabeth Bouzonviller, Université de Saint Etienne
Stéphanie Genty, SLAM, Université d’Evry-Val d’Essonne
Nathalie Saudo-Welby, CORPUS Université de Picardie Jules Verne
 
 
Bibliography
 
Buss, Helen M. Repossessing the World: Reading Memoirs by Contemporary Women. Wilfrid Laurier University Press, 2002.
Eakin, John Paul. How Our Lives Become Stories: Making Selves. Cornell University Press, 1999.
____    Touching the World: Reference in Autobiography. Princeton University Press, 1992.
Ernaux, Annie, Exteriors. Seven Stories Press, 1996.
Halbwachs, MauriceLa Mémoire collectiveParis: Albin Michel, 1997.
Hirsch, Marianne and Smith, Valerie (eds). “Feminism and Cultural Memory: An Introduction.” Signs, Vol. 28, No. 1, Gender and Cultural Memory Special Issue (Autumn 2002): 1-19.
 Hirsch, Marianne, Family Frames: Photography Narrative and Postmemory, Harvard UP, 1997.
_____________ “Past Lives: Postmemories in Exile”, Poetics Today, Vol. 17, No. 4 (1996): 659-690.
Miller, Nancy K. Bequest & Betrayal: Memoirs of a Parent’s DeathOxford UP, 1996.
Ricœur, Paul. La mémoire, l’histoire, l’oubli. Paris: Seuil, 2000.
Turkle, Sherry. Alone Together: Why We Expect More from Technology and Less from Each Other. New York: Basic Books, 2011.
Whitlock Gillian, Soft Weapons: Autobiography in Transit, The University of Washington Press, 2007.
Zanon-Davis, Natalie and Randoph Starn, “Introduction,” Representations 26, Special Issue: “Memory and Counter-Memory” (1989): 1-6.
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